04/10/2012

"Nobles Crus" ou le risque de gueule de bois pour les investisseurs (L'Echo)

 

 

Créé en novembre 2007 par deux anciens de Carmignac Gestion Luxembourg, Miriam Mascherin et Michel Tamisier, fondateurs de la société d’investissements Elite Adviser, le fonds d’investissement luxembourgeois "Nobles Crus" investit dans des grands vins, essentiellement des bordeaux et des bourgognes. Ce fonds, qui s’adresse aux particuliers prêts à investir un minimum de 125 000 euros, a attiré des investisseurs partout en Europe. Les actifs sous gestion atteignent désormais près de 110 millions d’euros, contre 2 millions d’euros au lancement du fonds.

En Belgique, il est distribué par des intermédiaires financiers, tels que le Family Office Patrimonia.

Depuis son lancement, le fonds se targue de belles performances: + 13% par an. Des résultats "fictifs" selon l’analyste financier indépendant Jean Walravens qui dénonce une "fraude" et une "arnaque" dans un rapport réalisé récemment sur Nobles Crus à la demande de clients. Un rapport relayé par le très influent Financial Times sur son site internet. "Si les comptes n’avaient pas été truqués, le rendement aurait été proche de 1%", affirme l’analyste.

Le marché du vin connaît une grande volatilité, voire une bulle spéculative, selon certains observateurs. L’indice Live-ex, de la Bourse des grands crus, le marché de référence mondial, a été multiplié par 22,4 de 1988 à 2011. Le sommet a été atteint en juillet 2011 et les cours ont baissé de 19%depuis lors. Une évolution qui nest pas reflétée dans la performance de "Nobles Crus". Celle-ci na en effet pas suivi l’évolution des prix des vins de Bordeaux ou de Bourgogne (voir infographie) dans lesquels le fonds est investi, contrairement à d’autres grands fonds investis dans le vin, dont l’évolution des cours est parfaitement corrélée avec l’indice de prix des Bordeaux. "Les investisseurs en "Vintage Wine Fund" ont perdu annuellement 9,08% de leur capital et ceux de "Fine wine Fund" 4,52% pour la période décembre 2007 – juin 2012", précise Jean Walravens.

Surévaluation des prix

Comment expliquer cette différence? Avec l’utilisation d’une méthode de valorisation discutable. Selon l’analyste, la détermination de l’estimation du prix est basée sur des prix de vente réalisés au cours de ventes récentes. Le gestionnaire sélectionnerait donc les "meilleures" ventes, selon l’analyste qui observe d’importantes différences entre les prix mentionnés dans les inventaires de Nobles Crus et les prix du marché fournis par "Cellar Watch", dont les prix servent de base au calcul des indices Live-ex. Selon Jean Walravens, la surévaluation chez Nobles Crus atteindrait plus de 20% par rapport à Cellar Watch. "Chaque fois que le fonds achète une nouvelle bouteille, probablement à un prix proche du prix du marché, un "profit" est instantanément généré, puisque la valorisation se fait à un niveau de prix supérieur. Tant que le fonds grandit en taille des "profits" sont réalisés.Le jour où il y aura plus dactionnaires sortants quentrants, ces profits fictifs disparaîtront. Pire: le Fonds devra vendre des bouteilles et les pertes saccumuleront", avertit l’analyste.

Pour les gestionnaires de Nobles Crus, la comparaison avec les indices de référence n’est toutefois pas pertinente."Seulement 18,56% des vins du portefeuille de Nobles crus y figurent à ce jour", précise le fonds dans un communiqué. Le fonds travaille sur une "valorisation automatique et scientifique en collaboration avec deux professeurs de financer de renom". Cette valorisation sera effective l’année prochaine, selon Nobles Crus qui rapppelle aussi que sa comptabilité est externalisée auprès d’une banque "de renom".

 

 

 

 

 

17:56 Écrit par FINARGis dans Lu dans la presse | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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